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Economie morale et action politique

Enregistrement audio du séminaire de Didier Fassin, EHESS, décembre 2004

L’action politique, entendue comme l’ensemble des pratiques qui inscrivent dans dans l’espace public des attentes ou des critiques autour de biens commums, est sous-tendue par des valeurs et des normes, des jugements et des justifications - ce que l’on peut appeler une économie morale. Si l’anthropologie s’est depuis longtemps intéressée au politique, à ses institutions et ses agents, en revanche, elle s’est tenue à l’écart de la dimension morale du monde social, soit en la rejetant dans le domaine de la culture et en l’entourant d’un halo relativiste, soit en s’en gardant à cause d’un risque supposé de contamination normative, voire moraliste. Si l’anthropologie pouvait être politique, elle ne devait pas être morale. Le propos de ce séminaire est de tenter de penser ensemble les deux registres, et plus particulièrement d’analyser les ressorts moraux.
Discutant l’économie morale telle qu’elle a été proposée par les historiens depuis E.P. Thompson, par les politistes après James scott, par les sociologues de Gurvitch à Boltanski et bien-sûr les économistes, d’Albert Hirschman à Amartya Sen, on s’efforcera de montrer la contribution spécifique de l’antropologie, à la fois en tant qu’elle traite des contextes culturels différents et en tant qu’elle lie localisme ethnographique et généralisation comparative. L’enquête théorique sera conduite à partir d’un matériau empirique recueilli au cours des dernières années, principalement en France et en Afrique du Sud, mais également en Amérique latine, autour des problèmes sociaux (pauvreté et déviance, discrimination et asile), de questions sanitaires (sida, accès aux soins) et de formes nouvelles d’intervention sur le monde (actions humanitaires, commissions de réconciliation). On sera particulièrement attentif aux transformations des pratiques que dessinent les évolutions du langage moral pour décrire et agir sur les sociètés et aux tensions politiques qui en résultent (de l’inégalité à l’exclusion, de la précarité à la souffrance, de la violence au traumatisme, du développement à l’humanitaire, de la justice à la réconciliation). Au delà des objets qu’elles étudient, on montrera comment les sciences sociales elles-mêmes contribuent à la production de normes et de discours moraux.

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-26 novembre 2006-



Politique