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La guerre au travail, 1914-1920. Étrangers et coloniaux à l’usine et dans les champs

Enregistrement audio de la conférence de Laurent Dornel, Musée de l’histoire de l’immigration, 20 mai 2014

À l’occasion de la Première Guerre mondiale, en raison d’une grave pénurie de main-d’œuvre, la France – cas à peu près unique en Europe – fit appel à un très grand nombre de travailleurs étrangers européens surtout, mais aussi coloniaux et chinois.

Si les soldats coloniaux ont suscité une littérature scientifique assez abondante, tel n’est pas le cas des ouvriers étrangers, coloniaux et chinois. Or l’histoire de cet épisode migratoire, qui se situe à la croisée de l’histoire de l’immigration, de la colonisation, de la guerre et de l’État, présente des enjeux essentiels.

La guerre pose, pour la France, la question migratoire en des termes nouveaux. L’État, dont le rôle s’était limité à la surveillance des immigrés, devient en quelques mois un acteur majeur du processus migratoire. C’est lui qui, directement, recrute et transporte les ouvriers coloniaux et chinois, les répartit sur le territoire français, les surveille étroitement, leur affecte des emplois et impose des contrats aux employeurs privés et publics.

L’arrivée de ces milliers de travailleurs coloniaux et d’étrangers se traduit par des formes de transfert des catégories et de la domination coloniales sur le territoire métropolitain. Les autorités françaises mettent en place des structures administratives nouvelles qui institutionnalisent l’existence de deux types de main-d’œuvre pensés désormais comme radicalement distincts : d’un côté la main-d’œuvre européenne ou « blanche » (la whiteness devient ainsi une catégorie administrative), de l’autre les coloniaux (« indigènes ») et les Chinois souvent désignés par leur « couleur ». Avant même la fin de la guerre, les premiers sont définis comme « désirables », tandis que les seconds, racialisés, sont construits officiellement comme inassimilables et par conséquent « indésirables ». La guerre marque ainsi la naissance des indésirables, motif majeur de la xénophobie et du racisme de l’entre-deux-guerres.

Conférence à écouter sur le site du Musée d’histoire de l’immigration.

Laurent Dornel est maître de conférence en histoire contemporaine à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour.


-19 juin 2014-



Histoire coloniale et postcoloniale














































































































































Histoire sociale et mémoire ouvrière















































































Des travailleurs coloniaux aux travailleurs immigrés