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Les compétences dans l’éducation : quelle vision de l’homme à éduquer ?

Enregistrement audio du séminaire avec Angélique Del Rey, France culture, septembre 2010

La pédagogie par compétences s’impose depuis les années 80 dans le paysage international de l’éducation. Le séminaire se focalisera sur la genèse de ce « succès », analysant la révolution copernicienne qu’il implique : l’éducation passe du service des hommes à celui de la macroéconomie, de l’humanisme à l’utilitarisme. À l’aube du XXIe siècle, la réduction de l’éducation à l’employabilité a tendance à nier son ancrage dans des tropismes, affinités électives, désirs et territorialités et présuppose un certain type d’humanité, flexible (cf. L’« homme sans qualités », de Musil) qu’elle participe à construire.

On appréhende et gère désormais l’école comme un investissement sur de la ressource humaine. L’utilitarisme des compétences semble en outre avoir gagné l’école en s’appuyant sur la pédagogie progressiste (démocratisation scolaire, « méthodes actives »), posant la question de la place de la figure humaine dans l’éducation contemporaine : cette vision de plus en plus déterritorialisée de l’humain à éduquer ne rend-elle pas l’humanisme compatible avec la fabrication abstraite de ressources humaines pour la macroéconomie ? Si cela est vrai, il faudrait remettre au travail la question de l’éducation émancipatrice pour notre époque : que serait une éducation émancipatrice non centrée sur l’humain, quel serait le « nouveau » sujet d’une telle éducation ?

Peut-on concevoir l’acte d’éduquer comme une modalité de la co-production homme-monde, considérant la société comme présente en totalité dans la situation d’éducation (locale) ? Peut-on soutenir que le global s’exprime dans le local, que l’universel est concret (Hegel), et qu’éduquer n’est pas armer un Homme pour la maîtrise de la (et sa) Nature, mais réinscrire l’homme dans son environnement (vision organique) ? Comment penser la territorialité de l’humain et de son éducation, les conditions d’une transmission réelle et effective, non au sens d’une efficacité linéaire et mesurable par des chiffres, mais d’une certaine « X-tolérance » au réel de la situation ?

Enregistrement en libre écoute sur le site de France Culture

 


-31 janvier 2011-



Histoire de l’éducation