Imprimer la page

Marseille ou l’Orient à domicile !

Bruno Etienne, La pensée de midi n°15, été 2005

Molière fait se lamenter le bon père de famille : « Mais qu’allait-il faire dans cette galère ! » Combien sont-ils, depuis des lustres, à avoir franchi la porte d’Orient dans les deux sens, allers et retours ?

C’est dire si le Turc, le Sarrasin, le Maure et le Barbaresque nous posent problème depuis longtemps. Notre imaginaire, nos fantasmes et la peur de l’Autre se sont construits sur une histoire plus fausse que la vraie, nourrie par les voyageurs et les marchands des deux rives, par la littérature (Pierre Loti et Gérard de Nerval, surtout) et les peintres orientalistes et locaux (regardez le tableau d’Horace Vernet : sur le port de Marseille, il y a autant de calots que de turbans !) – et aussi par les souvenirs des officiers des affaires indigènes, des militaires des guerres coloniales, des « rapatriés », des « pieds-noirs » d’origine italienne, maltaise, espagnole, des juifs maghrébins, des Vietnamiens, des Comoriens, citoyens français polygames, des Sénégalais et des enfants issus de l’émigration de la énième génération…

Marseille s’est enrichie de tout ce commerce, y compris des transports des personnes. Mais elle a subi également les effets psycho-pathologiques de l’effondrement de l’Empire colonial. Aussi, bien que multiculturelle et très diversifiée ethniquement, la ville (la société civile et la population : pas la mairie !) semble souffrir de la visibilité de l’Islam et manifeste quelques difficultés à digérer (alors qu’elle les gère plutôt bien) certains aspects des drames de la décolonisation, depuis le génocide arménien jusqu’à la guerre d’Algérie. Or, en dépit de plusieurs siècles de relations avec le monde musulman, et en dépit du progrès des sciences sociales et de la communication, de l’ouverture des archives et des travaux des savants, les historiens ont le plus grand mal a rectifier cette image négative.

Article en ligne et en téléchargement sur le site Cairn.info

Site de la revue la Pensée de midi

 


-2 décembre 2010-



Marseille la méditerranéenne